Un parasite microscopique peut transformer une simple démangeaison en véritable calvaire nocturne. La gale, souvent associée à tort à des conditions de vie précaires, n’épargne ni le standing ni l’âge. Invisible à l’œil nu, l’acarien Sarcoptes scabiei var. hominis se glisse sous la peau et déclenche une réaction cutanée féroce, que l’on soit cadre dynamique ou pensionnaire de maison de retraite.
Cause
Tout commence avec une minuscule femelle fécondée. Elle s’introduit dans l’épiderme, creusant des galeries superficielles, invisibles à la hâte mais parfois repérables si l’on observe de près. Là, pendant trois semaines, elle pond chaque jour quelques œufs, assurant la relève. En quelques jours, ces œufs éclosent, libérant des larves qui remontent à la surface et poursuivent leur développement jusqu’au stade adulte, bouclant ainsi le cycle en une dizaine de jours à peine.
Chez la plupart des personnes atteintes, on trouve une quinzaine d’acariens adultes au maximum. Mais dans certains cas, notamment chez des personnes dont les défenses immunitaires sont abaissées, la population explose : on parle alors de centaines, parfois de millions d’acariens. Après une première exposition, il faut deux à trois semaines avant que les signes n’apparaissent. En cas de seconde contamination, le corps réagit bien plus vite.
Transmission et contagion
La gale se transmet avant tout lors de contacts directs et prolongés : une étreinte, des rapports sexuels, dormir dans le même lit… L’acarien n’est pas conçu pour survivre longtemps hors du corps humain. Le risque de transmission par vêtements ou linge reste donc exceptionnel. L’infestation circule aisément dans les lieux confinés où les contacts rapprochés sont fréquents, comme les familles, les collectivités d’accueil ou les prisons. Pas de frontière sociale ni géographique : tout le monde peut la contracter.
Symptômes
La gale s’annonce par des démangeaisons intenses, qui surviennent généralement trois semaines après l’infection initiale. Pour ceux qui l’ont déjà eue, la réaction est plus rapide, car le système immunitaire ne se fait pas attendre. Les démangeaisons commencent souvent entre les doigts ou sur les fesses, puis gagnent du terrain. Elles empirent la nuit, au point de perturber le sommeil.
Le signe distinctif, c’est ce minuscule tunnel : une trace linéaire, parfois légèrement surélevée, rougeâtre, sinueuse, qui mesure quelques millimètres. C’est le passage de la femelle, à l’extrémité duquel elle se cache. On en observe en moyenne une douzaine, souvent dans des zones précises : entre les doigts et les orteils, sur les poignets, et au niveau génital.
Voici à quoi ressemble, sous grossissement, le sillon creusé par l’acarien. Les griffures, qui crèvent parfois la peau, témoignent du grattage acharné. Sur la partie supérieure, l’acarien apparaît, tapi à l’extrémité du tunnel. (Par Michael Geary, Travail propre, Domaine Public, Lien)
Outre ces sillons, on repère parfois d’autres lésions : des papules ou des nodules, petites bosses rouges, dues à la réaction allergique contre les acariens et leurs déjections. Ces marques se logent aux aisselles, autour des mamelons, sur le nombril, les fesses, les cuisses, les parties génitales. Le visage et le cuir chevelu, eux, sont habituellement épargnés.
Le grattage intense laisse la peau à vif, parfois couverte de croûtes. Ces plaies ouvertes facilitent les infections bactériennes secondaires, surtout si le diagnostic tarde.
Formes exceptionnelles de la gale
Certains tableaux cliniques s’écartent de la forme classique. Voici les variantes les plus notables :
- Gale du nourrisson : elle provoque tunnels et papules, surtout sur les paumes, la plante des pieds et dans les plis axillaires.
- Gale profuse : elle se caractérise par une multitude de parasites et des lésions cutanées disséminées, notamment chez les personnes immunodéprimées, comme celles vivant avec le VIH.
- Gale norvégienne ou croûteuse : ici, la prolifération d’acariens atteint des sommets et rend la maladie extrêmement contagieuse. Les lésions, épaisses et croûteuses, envahissent parfois presque toute la surface corporelle. Curieusement, la démangeaison est souvent absente, car cette forme frappe des personnes dont la sensibilité cutanée est diminuée, à cause de troubles neurologiques ou de démence.
- Gale bulleuse : dans ce cas, la réaction allergique aux acariens provoque de véritables bulles sur la peau.
Diagnostics
Le diagnostic repose sur plusieurs indices :
- Des démangeaisons intenses, surtout nocturnes, qui épargnent le visage. Si plusieurs membres du foyer présentent les mêmes signes, l’hypothèse devient très probable.
- L’aspect et la localisation des lésions : la présence de sillons, de papules ou de nodules dans des zones typiques oriente fortement vers la gale.
- La mise en évidence de l’acarien : dans certains services de dermatologie, on gratte délicatement un tunnel ou une papule avec une lame pour recueillir un échantillon de peau, ensuite examiné au microscope dans une goutte de solution alcaline. Trouver l’acarien ou ses œufs confirme le diagnostic.
La plupart du temps, aucun examen sanguin spécifique n’est nécessaire, sauf en cas de suspicion de surinfection. Une légère augmentation des éosinophiles, un type de globules blancs, peut néanmoins apparaître dans le sang.
Soins et traitement
Le traitement de la gale repose sur des médicaments antiparasitaires locaux, qui éliminent les acariens à tous les stades, œufs compris. La référence, c’est la crème à la perméthrine à 5 %. Une seule application sur tout le corps (hors visage), à laisser agir toute la nuit, suffit généralement. On rince le matin, puis, si besoin, on renouvelle une semaine plus tard.
Des études solides confirment la sécurité de la perméthrine, même chez la femme enceinte, allaitante ou le nourrisson. D’autres alternatives existent :
- Le crotamitone en crème à 10 %, à utiliser une fois par jour pendant 3 à 5 jours sur l’ensemble du corps,
- Le benzoate de benzyle en émulsion à 25 %, appliqué toutes les 12 à 24 heures.
Dans de rares cas, notamment si les traitements topiques échouent, un traitement oral par ivermectine peut être proposé, bien qu’il ne soit pas disponible partout pour un usage humain.
Il n’y a pas que les personnes diagnostiquées qui doivent être traitées : toute personne vivant sous le même toit ou ayant eu des contacts rapprochés doit suivre le traitement, même sans symptôme.
Pour limiter le risque de recontamination, draps et vêtements doivent passer en machine à une température minimale de 60°C.
Étant donné que la gale peut aussi se transmettre lors de rapports sexuels, il est recommandé de vérifier l’absence d’autres infections sexuellement transmissibles après le diagnostic.
On considère la maladie comme résolue si, une semaine après la fin du traitement, les lésions actives et les démangeaisons nocturnes ont disparu. Cependant, les démangeaisons post-scabieuses peuvent persister 2 à 4 semaines et se soulagent grâce à des crèmes émollientes ou des antihistaminiques oraux.
Prévention
Pour limiter le risque d’attraper la gale, quelques mesures simples s’imposent :
- Limiter les contacts cutanés rapprochés avec des personnes inconnues,
- Ne pas partager ses sous-vêtements ou serviettes avec autrui.
L’usage du préservatif ne protège pas contre la gale, puisqu’elle se transmet avant tout par le contact direct de la peau et des muqueuses.
Sources et bibliographie
- Saurat JH, Grosshans E, Laugier P, Lachapelle JM. Édition italienne éditée par Girolomoni G et Giannetti A. Dermatologie et maladies sexuellement transmissibles. Troisième édition, Masson 2006.
- Cainelli T, Giannetti A, Rebora A. Manuel de dermatologie médicale et chirurgicale. édition, McGraw Hill 2008.
- Patel VM, Lambert WC, Schwartz RA. Innocuité des médicaments topiques pour la gale et les poux pendant la grossesse. Indien J Dermatol. 2016 ; 61:583 -587.
- Salavastru CM, Chosidow O, Boffa MJ, Janier M, Tiplicate GS. Ligne directrice européenne pour la gestion de la gale. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2017 juin 22. doi : 10.1111/jdv.14351.
- FitzGerald D, Grainger RJ, Reid A. Interventions visant à prévenir la propagation de l’infestation en contact étroit avec des personnes atteintes de gale. Base de données Cochrane Syst Rév. 2014 ; (2) :CD009943. doi : 10.1002/14651858.CD009943.pub2.
Texte rédigé par la Dr. Giulia Ciccarese, médecin spécialiste en dermatologie et vénéréologie.

