Fumer la cigarette est-il vraiment dangereux pour la santé ?

Un chiffre sec : plus de 1500 personnes meurent chaque semaine en Angleterre d’une maladie liée au tabac. La suite, on la connaît trop bien, mais qui s’arrête vraiment sur la précision des risques et les fausses croyances qui collent à la peau de la nicotine ? Les mythes s’accrochent, même quand la science tente de remettre les pendules à l’heure.

Des recherches du King’s College de Londres, au Royaume-Uni, concluent que les fumeurs et les ex-fumeurs surestiment les dangers de vaporisation des cigarettes électroniques.

L’équipe du King’s College, financée par Cancer Research UK, s’est penchée sur les connaissances et les perceptions qui circulent autour de la nicotine, du tabac et du vapotage. Résultat : moins de six personnes sur dix parviennent à reconnaître que la cigarette électronique présente moins de risques que la cigarette classique.

Que savez-vous des dangers de vapotage ?

La Dre Leonie Brose, chercheuse à l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neuroscience, va droit au but : « Les cigarettes de tabac tuent plus d’un fumeur sur deux à long terme, mais la majorité ignore que la nicotine n’est pas responsable des décès et des maladies causés par le tabagisme. »

Elle précise aussi : « Nous avons observé que ceux qui attribuent à la nicotine les méfaits du tabac sont bien plus enclins à penser que vapoter ou recourir aux substituts nicotiniques, c’est tout aussi dangereux que fumer. »

Les chiffres, eux, sont sans appel. Parmi les personnes interrogées, 57,3 % affirment correctement que le vapotage est moins risqué que le tabac, 21,8 % estiment que les deux sont aussi nocifs, 3,3 % pensent même que le vapotage est pire, et 17,6 % n’en ont aucune idée. Pour les traitements de substitution à la nicotine (TSN), 63,4 % jugent qu’ils sont moins nocifs que la cigarette.

L’équipe du King’s College a également comparé l’évolution des perceptions au fil du temps : en 2012, deux personnes sur trois considéraient le vapotage comme moins dangereux que le tabac. En 2014, ce taux tombait à 60,4 %, et en 2017, à 57,3 %. Dans le même temps, la part de ceux qui mettent tabac et vapotage sur le même plan grimpe : 9 % en 2012, 16,9 % en 2014, 21,8 % en 2017.

Même si les chercheurs ont veillé à sélectionner des participants issus de milieux variés, ils rappellent que ces résultats ne reflètent pas nécessairement toute la diversité des profils de fumeurs.

Corriger les fausses perceptions autour de la nicotine

Les idées reçues sur la nicotine semblent tenaces. Près de neuf personnes sur dix surestiment son rôle dans les risques du tabac, et près de quatre sur dix croient à tort que la nicotine provoque le cancer lié au tabagisme.

Leonie Brose va plus loin : « Il est possible que certains fumeurs hésitent à tester la cigarette électronique ou les TSN à cause d’idées fausses sur la nicotine et le vapotage. Dans le débat public ou les médias, on insiste souvent sur les risques du vapotage, mais on parle peu de la réalité implacable du tabac : chaque semaine, 1500 décès en Angleterre, liés à la cigarette. »

Corriger ces croyances pourrait ouvrir la voie à des alternatives moins dangereuses pour les fumeurs.

Les travaux précédents de l’équipe montraient déjà que les fumeurs jugeant le vapotage moins risqué étaient plus enclins à essayer la cigarette électronique. Les chercheurs veulent désormais savoir si modifier les croyances autour de la nicotine, du tabac et du vapotage peut réellement changer les comportements.

Martin Dockrell, en charge de la lutte contre le tabagisme à Public Health England, résume l’enjeu : « Il reste du chemin à parcourir pour rassurer les fumeurs : vapoter n’est pas sans risque, mais c’est bien moins dangereux que de fumer. Pour ceux qui n’arrivent pas à arrêter, passer à la cigarette électronique peut changer le cours d’une vie. »

Pour approfondir, voici quelques articles qui éclairent ces débats autour du vapotage et du tabac :

Entre peur du risque, poids des idées reçues et efforts pour mieux informer, la question ne se résume pas à un simple choix individuel. Reste à savoir qui, demain, changera vraiment d’avis, et qui, peut-être, sauvera sa peau.

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